Vouloir aller jusqu'au bout de sa logique, ça modèle parfois une vie.

C'est pour cette raison que je me suis engagée dans le grand combat pour l'humanitaire et que j'en ai fait mon métier. J'ai passé 7 ans sur la ligne de front. Et puis un jour, pour des raisons que je qualifierai de stratégiques de la part de ma hiérarchie, je me suis faite sortir. Au début j'étais en furie. Ensuite, je me suis faite une raison et j'ai compris que cet accroc dans mon plan de vie était en fait une chance. Finalement, je suis tombée malade. De quoi ? Ben de rien, juste de fatigue. Une profonde fatigue de l'espèce de celle qu'on cumule à vouloir ne pas s'écouter. Et c'est vrai, comment oser écouter son corps quand la vie est en train de quitter ceux pour qui on se bat ? Il faut logique garder même si elle est absurde. Quand je me suis arrêtée, je me suis écroulée.
Voilà je vous raconte ma vie, là. Mais c'est bien, vous êtes sur mon blog et j'ai le droit.
Le droit à l'impudeur rédemptrice plutôt que de se taire pour ne pas avoir l'air de la ramener. Il faut bien pouvoir dire les choses quelquefois, même si elles nous avantagent.
Maintenant j'écris des histoires. SF, héroïc fantasy…… de ces genres qu'on qualifie quelquefois de mineurs mais dont beaucoup d'œuvres ont fait plus dans l'évolution des idées que certains textes morbides et racoleurs. Qui dénierait cette place à Wells, Huxley, Bradbury, Gibson, Clarke et tant d'autres ?
Je ne témoigne pas de ce que j'ai vu ou vécu. Pourtant ce serait facile de décrire à longueur de page la valse immonde que l'on voit danser entre la mort et celui qu'elle prend dans ses bras. Ce serait facile de raconter celui qui s'étiole puis qui s'efface. Ce serait facile de raconter le mal qui est fait à plus petit que soi. Je ne témoigne pas de cela parce que je ne suis pas certaine qu'il y ait encore à décrire pour convaincre. Je préfère susciter l'envie que la pitié pour mes héros.
L'envie est plus efficace pour faire avancer les idées quand on est écrivain et pas journaliste.

Les mots qui font réfléchir n'ont pas tous été criés dans un mégaphone. Jour après jour j'apprends à pratiquer ce précepte.
Pourtant il m'arrive encore de crier, voici ce que j'ai à dire cette semaine. En forme de poème.

Le bain turc
Il dit: Retourne toi !
Elle sent le couteau planté dans son ventre.
Il dit: Pour l'honneur !
Elle sent le sang qui coule le long de ses jambes.
Il dit: Tu dois mourir !
Elle dit: Mais pourquoi ?
Il dit: Tais toi !
Elle sent la vie qui s'en va.

Vue de l'hélico:
Corps allongé sur le trottoir,
Baignant dans une mare de sang.
Sirènes en fond sonore.
Trop tard pour l'espoir.
Adieu petite fée.

Bande-Son: Yamato
Humeur du Moment: Vert tendre