Il fallait le faire: je l'ai fait. N'écoutant que mon courage mon inconscience, j'ai entrepris de vider mes deux petits greniers pour tout réorganiser.


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. Il faut dire que les cartons commençaient à menacer de nous tomber sur la tête à chaque fois qu'on arrivait en haut de l'échelle.
Il faut tout de même les comprendre, une telle surpopulation, un tel immobilisme pour certains qui durait depuis notre emménagement ça devenait douloureux.

Emue donc par la révolte de mes vieux nounours, des bouquins de cours, des jouets des enfants, faisant fi de la chaleur, j'ai exhumé, avec l'aide de toute la famille, les vestiges d'une vie passée.

Je vous rassure, si on excepte la poussière et les 30° c'est pas douloureux. Pas de nostalgie, pas de larmes versées sur un passé doré. Tout est bien, on en a bien profité du meilleur comme du pire sauf que le pire, on s'est acharné à l'oublier s'en débarrasser.

On a même fait une soirée diapos.

Et dans tout ça j'ai retrouvé mes vieux cahiers d'écrivaine en herbe.
Quand j'ai commencé à les écrire, j'étais au collège et ma prof de français était la sœur d'un écrivain connu et surtout directeur de collection d'un grand éditeur parisien. Bref, tous les deux m'avaient proposé de me publier. Ma prof s'est acharnée pendant une année, et jusqu'à en parler à mes parents.
Moi, j'étais convaincue qu'elle disait ça pour se foutre de ma gueule d'autant que j'étais certaine, et mes parents avec, que j'étais une nulle patentée, limite débile, incapable de faire quoi que ce soit dans la vie.
L'année suivante j'ai continué à le penser, et eux avec, malgré l'arme suprême que sont les test psy qui me donnaient quand même un 200 au compteur et qui s'entêtait à le rester.
En ce temps là, on ne parlait pas des difficultés à vivre avec un moteur qui tourne à ce régime là. On réglait plutôt les choses avec des gimmick du genre comme disait ma grand-mère: "y'a des paires de claques qui se perdent". Ma famille n'aimant pas gâcher, j'en ai donc bien profité.

J'ai mis quelques années à arriver à cesser d'écrire et cesser de rêver mais un beau jour j'y suis arrivée et j'ai fourré tout mes cahiers dans une vieille valise avec mes nounours, les jouets de fille avec lesquels je n'ai jamais su jouer, une collection de cailloux et quelques machins cassés.
Mais ce n'était qu'une illusion et cette sensibilité qui me bouffait la vie auparavant refaisait surface régulièrement. Un peu comme le magma d'un volcan.
Un jour il a explosé le volcan.
Paf ! Les mots se sont mis à jaillir partout. Cette fois j'ai laissé faire et les derniers lambeaux de mes relations familiales n'y ont pas survécu.
J'en ai profité également pour virer un certain nombre de pseudos amis auxquels je servais principalement de gardeuse de mômes, de grande oreille compatissante ou de
tu-m'invites-chez-toi-j'ai-pas-envie-de-faire-à-manger-ce-soir.

Aujourd'hui, boudiou, à part les bleus qui restent et les comptes à régler, ma vie n'a plus grand-chose à voir avec celle d'avant. Je suis tellement heureuse d'exister tout simplement et d'exister en tant qu'écrivaine D'où mon exubérance qui déborde un peu trop quelquefois.

Cette fois, les objets aimés repartiront au grenier, dans de beaux cartons blancs tout neufs avec une fiche pour chacun, un truc écrit, presque une revendication mais pas une épitaphe. Et les nounours ? Et les cahiers ? Pour les nounours, je sais pas encore mais pour les cahiers je vais les lire.

Et qu'est-ce qu'il y a à lire ?

Entre autres, un bon paquet de poèmes gothiques d'une gamine à la dérive.
Mais ce qui m'a vraiment étonnée c'est de constater les similitudes de style avec ce que j'écris maintenant. Même, carrément, j'avais déjà mon style et il a seulement évolué.

Ben finalement, ça fait froid dans le dos.

Trauma: Preview chez LISA. Planches 5-6-7 en cours.