Naya blog

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mardi 30 octobre 2007

Ambiance bouclage et sorcellerie au studioAffects..



J'avais prévu de vous raconter les bucoliques aventures de Naya dans les bois mais non, en fait ça va être autre chose, vous l'avez échappé belle.



Pic: moi


Ça aurait été nul. Je ne bouge pas, je ne vais rien voir. J'écris et je me gave de chozafaires ou elles se repaissent de moi, on sait pas trop. Quand je suis trop crevée, je perds plein de temps à bavarder sur les blogs.
Pourtant, mercredi c'est Halloween ou plutôt Samhain et je voudrais rater cette fête pour rien au monde après une année passée à faire des recherches sur les anciennes religions.

Chez moi, il y aura juste des histoires au coin du feu, de la soupe à la citrouille et autres douceurs oranges et si les revenants veulent venir me chatouiller les arpions, je les attends de pied ferme.

Dès le vendredi tout cela sera de l'histoire ancienne parce qu'il y a la Japanexpo. Et Trauma y sera. Yesssss !!! Avec de nouvelles aventures dans 2 livrets L'un sera un sketchbook de Lisa avec un petit bd intro pour la grande qui paraitra en mai dans lequel on retrouve son héros favori: Oni. Et tout plein de fanart de ses potes dessineux. Quant à moi, je mêle fiction et histoire pour des récits aux couleurs de Samhain.

Bon, ben c'est pas tout ça mais j'ai du taf à terminer pour demain soir.
Je tourne à l'adrénaline et au thé, j'écoute en boucle le nouvel album des Hives (the black and white album) et dans le miroir, je vois la gueule que j'aurai dans 30 ans. Oh my God ! C'est pas du tout rock'n roll !

Bon Samhain, soyez des lutins libidineux ;) et mangez des citrouilles !

. http://fr.youtube.com/watch?v=TqkJ30Kh7ZM

mardi 23 octobre 2007

Thinking blogger award



Meerkat m'a fait le plaisir de m'attribuer un "thinking blogger award". Voilà: c'est officiel, je suis une fille qui fait réfléchir. Comme le veut la règle à moi maintenant de décerner mes trophées du jour



Je ne sais pas si je vous fais réellement réfléchir les gens, mais ce blog a pour but avoué, si possible, de saboter le train train du quotidien et d'allumer des petites mèches histoire de vous donner envie d'inventer vos propres feux d'artifices.

Meerkat, c'est la fille qui me fait le plus réfléchir du monde. D'abord parce que c'est ma sœur du net. Comme je n'ai pas trop de famille dans la vraie vie (c'est pas qu'ils sont morts, hein, c'est qu'ils sont morts-vivants et qu'ils n'apprécient pas trop les gens plein de vie et puis c'est tant mieux parce que les morts-vivants j'aime pas). Donc, si j'avais eu à me choisir une vraie sœur dans la vraie vie, c'est elle que j'aurais choisie.
Elle est tolérante et rebelle. Elle est sauvage et tendre. Elle est tenace et droite. Et puis elle est intelligente et elle écrit très bien.
Si on avait été ensemble quand on était gamines, sûr qu'on se serait bien donné la réplique pour faire des bêtises. A part le fait que nous ayons une divergence sur la couleur rose, elle est parfaite.
Et l'arrivée de Meerkat dans ma vie c'est un évènement: c'est la première fois que j'ai une copine de mon âge qui n'est pas un mec et avec qui j'ai une relation non parcellaire. Parcellaire voulant dire que je ne suis pas obligée de fermer ma gueule sous peine d'avoir l'air de sortir de la planète Mars voire de plus loin dans le système solaire.
Finalement ça tombe bien ce thinking blogger award, ça me donne l'occasion de dire ce que je pense de cette fille là.
Quant à décerner mes propres prix, ça va être plus dur. D'abord je lis peu de blogs et ensuite, parce que je ne cherche pas vraiment à ce qu'on me fasse réfléchir politiquement. Après avoir eu les fées écolos au-dessus de mon berceau et fait 10 ans d'encadrement dans une grosse association humanitaire à côtoyer la mort et la politique, j'ai un peu fait le tour de mes limites et il faut bien le dire, j'ai surtout pas mal de cicatrices qui sont encore sensibles si on appuie dessus.

Voici donc mon choix:
Chrixcel de Judgi's blog.
Une mathématicienne des mots. Elle pratique l'Oulipo aussi facilement que de se brosser les dents. C'est le genre de fille que t'as même pas fini de lire la note que tu es déjà scotché. A son contact, j'ai pu faire évoluer ma façon d'écrire

Avec2ailes de Eclairée par la lueur d'un photophore:
C'est une enchanteuse, une ensorceleuse, une conteuse avec l'accent magique du sud qui chante même quand elle écrit. Une inventeuse d'univers, Elle a un cœur d'or rempli, plein de trésors. Un jour, elle m'a permis de trouver ma clé. . (quand je cliques sur son blog aujourd'hui, ce sont de vieilles notes qui apparaissent, j'ai du cliquer sur les archives pour voir les dernières notes. Bizarre)

Rill-Ao ou Lisa du Désert des pluies:
Lisa c'est ma fille donc hein, c'est facile de voir ousqu'elle me fait réfléchir. Un enfant est une perpétuelle remise en question et j'aime ça (du coup j'en ai fait trois). Lisa dessine au-delà du convenu et son dessin enrichit mes histoires. Pourquoi faudrait-il toujours répéter les mêmes choses, utiliser les mêmes pré-requis ? En inventer d'autres, c'est bien.

Raffa du Grand ménage:
Les dossiers de Raffa sont toujours super bien documentés. C'est vraiment une excellente base pour se tenir au courant. Je ne la connais pas mais lire son blog c'est comme de lire le Monde mais en mieux.

Ratiatum:
Parce que la net économie est ce qui me semble le mieux pour comprendre le monde, je lis régulièrement ce blog si loin des mensonges qu'on nous sert dans les médias officiels. Je rêve qu'un jour le commerce redevienne une des composantes de notre société et non pas ce sanguinaire monstre tentaculaire au service d'une poignée de gens qu'il est devenu.

La règle du jeu veut que ceux à qui un "thinking blogger award" vient d'être décerné distribuent à leur tour les leurs sur leur blog. A vos claviers.

Là où tout a commencé en février dernier: ICI

vendredi 19 octobre 2007

Ca chauffe !



Depuis hier il gèle au petit matin. A peine un voile et puis après il fait soleil mais le fait est là. La saison froide a commencé. J'ai mis un pull, sorti les chaussons pour mes petits pieds et les mitaines pour écrire et je râle après ce médicament dont je suis dépendante qui va pendant 6 mois me faire regretter de ne pouvoir enfouir mon nez sous un passe montagne sous peine de risquer de me faire arrêter par des jeunes gosses en uniformes de flics qui hantent ma banlieue.


Pic:moi


Mais je ne vais pas commencer à râler du moins pas tout de suite et pas après ça aujourd'hui. Quoiqu'à en lire le billet de Meerkat, il y aurait largement de quoi. Je vous conseille d'aller le lire.

Y'a une seule chose que j'aime avec le retour du glaglatime c'est le feu de la cheminée. Dans ma maison on se chauffe au bois. Il y a une grande cheminée et un poèle à bois. Evidemment ça demande un peu d'entretien, et puis il faut tout le temps s'en occuper mais pour le reste, c'est que du bonheur. Une inépuisable source de joie et de bonne humeur.

J'aime l'atavisme qui lie l'humain au feu, le sentiment de protection qu'il nous procure. Le chaud qui mord un peu les joues et le comment on s'endort si facilement devant. J'aime y voir les chats et le chien s'enivrer de la chaleur les moustaches et les oreilles en avant.

Et je me régale à voir tous mes déchets papier être avalés illico par ce dévoreur impénitent. Rien dans la poubelle: voilà quelque chose que j'aime.
Et bien justement aujourd'hui, y'a un truc qui me fait râler: Y'a une entreprise qui veut mettre un gros tas de poubelles ultra toxiques derrière chez moi, dans les champs.

On pourrait se dire que c'est un mal nécessaire et on se gourrerait grave. Non seulement il s'agit de déchets industriels et non ménagers mais en plus tout le monde est contre et il n'y en a pas besoin. C'est juste une histoire d'argent. Money, money.
Alors on pourrait se dire, ces gens savent ce qu'ils font, ça va être bien géré, l'environnement va être protégé. Par les temps qui courent, chez nous c'est bien, c'est pas comme en Chine, y'a des normes.
Et ben, là aussi on se gourrerait grave. Dans ce projet, on fout une bâche par terre et vas-z'y donc: on balance le tout dessus, sans distinction.

Mais la bâche alors elle doit être bien solide tout de même ?
Ah, ah, vous connaissez vous un matériau qui résiste à absolument tout ?

Et le sol il doit être bien étanche genre de la glaise ?
Pas du tout, c'est du calcaire.

Et alors bon, tout le monde s'en fout de ce terrain, c'est rien que des champs !
Ah ouais ? Le hic, c'est que dessous il y a la réserve d'eau de la région parisienne et de toute la Beauce, la plus grande de France qui fournit en eau potable 6 départements sur 9000 km2.

Vous commencez à comprendre l'ampleur de la catastrophe ?
Faut se bouger les fesses ! Oui mais bon, on sait ce que ça donne les pétitions Tout le monde s'en fout.
Alors là, justement, j'ai LA solution à vous proposer pour être certain que votre avis sera entendu: l'enquête publique.
Elle est faite pour ça. Pour que chacun, d'où qu'il soit, et là j'insiste fortement sur le d'où qu'il soit, puisse écrire pour dire qu'il n'a pas envie que son pays, sa planète soit polluée.

Alors allez-y, écrivez. De toutes façons après avoir lu ma note, si vous ne le faites pas, vous aurez le poids de la culpabilité sur les épaules pour le reste de votre vie. N'est-ce-pas ?
Vous avez jusqu'au 10 novembre pour le faire.

Ah, j'oubliais. Une fois que vous aurez écrit, gardez au chaud votre mobilisation. Parce que quelle que soit le résultat de cette enquête publique, qu'elle aboutisse ou non à un refus de permis de construire, la même société prévoit quelques kms plus loin un autre site, celui là méga hyper géant. Une horreur qui va elle aussi à l'encontre des lois et des règlements.

J'ai fait un blog où je reprends quelques données qui m'ont été fournies par ma mairie et le lien vers le dossier complet.
http://non-a-la-decharge-de-saint-escobille.blogspot.com

S'il vous plait, parlez en autour de vous. Il faut absolument que ces projets de monstres échouent !



EDIT: Je réponds au commentaire de DieuDesChats par un édit de cette note afin de préciser le rôle d'une commission d'enquête publique par rapport à une pétition:
La pétition et l'enquête publique ce n'est pas la même chose.
Cela fait plusieurs années que les gens se battent par ici contre ce projet et ce travail de pétition a déjà été fait par d'autres. Le temps est venu maintenant de l'enquête publique

En France, la loi exige que quand un projet a un impact sur les gens ou sur l'environnement, il y ait constitution d'une commission indépendante qui a pour obligation de prendre en compte chaque avis que n'importe quel citoyen peut émettre.
Ensuite, la commission rend un avis consultatif qui sauf de très très rares exception est suivi par le Préfet qui autorise ou non le permis de construire.

Ce n'est donc pas la même action. La pétition c'est mobiliser et faire pression mais il n'y a aucune obligation légale de céder à la pression. Par contre dans le cadre de l'enquête publique, il y a obligation légale avec une procédure très stricte de prendre en compte l'avis des gens un par un.

lundi 15 octobre 2007

Contes sucrés



Et voilà. C'était ma première fois. Ayé on l'a fait et ça s'est très bien passé. Ouf !
Le stage pâte d'amandes a ravi les stagiaires et nous aussi. Émerveillés que nous étions à voir notre travail récompensé par des pièces sonnantes et trébuchantes à la fin de notre représentation.
Quelques images:

La table toute prête avant que les stagiaires arrivent.


Le bazar en pleine activité.


La fabrication de la boite en origami.


Et le résultat final.


On a donc réalisé 4 sortes de pâte d'amandes en utilisant à chaque fois des techniques différentes, puis une boite en origami et enfin comme le but de nos stages c'est de savoir mettre un peu de merveilleux dans la vie, on a discuté des associations d'idées et des symboles autour du petit carnet de contes que j'avais écrit.

dimanche 7 octobre 2007

L'origine des espèces



Le bonheur vient-il de ces deux mots : la bonne heure?


Pic:Ceridwen

Cela voudrait-il dire qu'il vient toujours à la bonne heure? Le bonheur est-il ponctuel?
Il y a un temps pour tout. Et la mal heure existe-t-elle ?
Et pourquoi le et plus la ?
Quelle est l'histoire de ces mots pour qu'ils en arrivent là ?
Tout collés à jamais dans une improbable union qui voudrait dire que le temps et l'être heureux étaient autrefois indissociables l'un de l'autre ?
Et quel était le ciment de leur union ? Le travail ? La peine ? La superstition ?
Et de quoi parlait-on exactement de l'heure ou de l'heur ? Qui des deux était le bon ? Ou bien ces deux là aussi étaient-ils indissociables ?
Pouvons nous imaginer dans la bouche de nos lointains ancêtres toutes les locutions nominales qui rythmaient le temps de la vie et qui de salive en salive collèrent les mots ensemble ?
" Quand le vin est tiré, c'est la bonne heure pour le boire"

Il n'y a pas d'heure pour être heureux.
Preuve qu'il n'y a pas un temps pour tout.
D'aucun dirait que le bonheur désigne un état durable, et le malheur alors ? N'est-t-il pas ce qui arrive quand on a perdu le bonheur ?
Donc de fil en aiguille ou de branche en branche on pourrait se demander: Quel est celui des deux qui est à la genèse de notre existence ? Le bonheur ou le malheur?

Mais c'est la jouissance que diable ! Et dommage qu'elle ne soit pas durable !

De lapin.

C'était ma dernière participation au jeu du sablier d'automne de Samantdi qui s'arrête aujourd'hui. Tchao et merci de m'avoir lu et à la prochaine fois s'il y en a une.

samedi 6 octobre 2007

C'est marrant les coïncidences



Je n’ai pas de mot. C’est rare. Mais c’est ainsi. Ma colère est au-delà des mots.

En plongée:
Le lit dans la chambre. Rideaux de velours rouge théâtre. La fille en pyjama gris.



Pic: moi


De l'intérieur:
Elle est là, elle me brûle, la colère qui ronge mon ventre. On dirait un petit animal sauvage qui ne veut pas que je l'emprisonne.
Elle se débat ,la féline, elle me grille, et feule la rebelle. Elle appelle ses congénères des temps passés. Elle convoque les flamboyantes qui dormaient, sages; domptées par le temps. Elle les excite et me met en rage.

Qu'il était doux le temps où les choses se réglaient à coups de poings. C'était simple. On sortait ses armes, on se roulait dans la poussière , y'en avait un qui gagnait et l'autre acceptait la défaite. Pour un temps. Jusqu'à la prochaine fois, où on se reroulait dans la poussière et voilà.
J'aimais bien. Je gagnais la plupart du temps parce qu'à ce jeu là, c'est pas ce qu'on croit. C'est pas le plus fort qui gagne mais le plus dingue. Assurément.

Oui, mais voilà. Dans la vie, c'est pas tout à fait les mêmes règles que dans la cour de récré. Y'a des choses qu'on peut pas faire. .
J'avais pour remplacer mes petits poings serrés d'enfant, une armure forgée avec les mailles du temps.
Je l'avais déposée un instant, protégée, à ce que je croyais pas la force du serment.
C'était idiot. C'était comme poursuivre un rêve. Comme si j'avais voulu rattraper l'insouscience de l'enfance que je n'ai pas beaucoup connue.

Alors, j'ai pas vu le coup venir. Un foutu coup bas, bien au-dessous des lunettes. Un coup de lâche sans noblesse.
Et maintenant, j'encaisse mal. Je cherche un peu d'air, une issue. J'en appelle au temps qui passe. Mais putain que je sens qu'il va passer doucement !

Vue sur fenêtre.
La lune filtre à travers les rideaux tirés du baldaquin. 5 heures du matin.

De l'intérieur:
Je me réveille dans un cauchemar, les dents tellement serrées que j'ai rêvé qu'elles explosaient toutes en même temps. Pas le temps de souffler. Je reviens tout de suite au sujet.
L'épaisseur de la nuit teintée de lune transforme l'obscurité en monstre énorme, sorte de cerbère de mes cauchemars délirants. Faut que je me lève je peux pas faire autrement.


Rez de chaussée.
Canapé. Il est rouge aussi. Ouvert sur la table "l'homme aux cercles bleus" de Fred Vargas. Les chats noirs et le chien blanc qui dorment. Un yahourt et une petite cuillère.

De l'intérieur:
J'ai juste un petit peu faim mais le yahourt c'est bien, c'est régressif. Regresser vers quoi ?Je tape un peu aussi sur cette vieille colère là. C'est pas le moment de chatouiller l'enfance.
Derechef je reprends mon bouquin. Je tombe là-dessus:
"Les adultes-enfants m'ennuient, ce sont des cannibales. Ils ne sont propres qu'à se nourrir de la vitalité des autres. Ils ne se perçoivent pas. Et parce qu'ils ne se perçoivent pas, ils ne peuvent pas vivre et ne sont rien d'autre qu'avides, du regard ou du sang de quelques autres".
Bizarre, de trouver ça dans un polar.
8 heures, le réveil va sonner. Je retourne me glisser dans mon lit, dans les bras de l'homme que j'aime.

Finalement l'art est-il si important ? J'aimerais tellement me convaincre que non, mais j'y arriverai pas, je le sais d'avance.

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C'était il y a un an. Un an tout juste. Je m'en rappelle c'était le soir de la "Nuit Blanche".Tout pile poil comme ce soir.
Nous avons beaucoup marché. J'ai parlé beaucoup aussi. Je lui ai dit que ce n'était pas humain de trahir comme ça.
La veille encore comme ça lui arrivait souvent, les jours d'angoisse, il disait "j'ai tellement besoin de toi." Il répétait "Je ne peux pas travailler sans toi".
Moi j'avais le rouge aux joues quand il me disait cela. Mais je comprenais. C'était bien, on était uni dans le travail. Rien d'autre n'existait entre nous. Rien d'autre que devenir les meilleurs à force de travail. On voulait conquérir le monde. Oui, mais.

Oui mais ce soir là il m'a dit "Je ne veux plus te voir". Alors j'ai parlé, et les autres aussi ont parlé et personne n'a pu faire quoi que ce soit. Lui n'a rien dit de plus Je me souviendrai toujours de cette longue marche.
Et puis il y a eu ce terrain vague du côté de la Goutte d'Or. Sur les murs il y avait une projection. Des voix parlaient du quartier. On y était arrivé par hasard. Dans ce terrain vague tout bleu. Il était là avec son air buté, les épaules rentrées, l'air si faible et si con et j'avais tellement envie de le frapper.
Mon poing s'est serré, j'ai cherché l'angle d'attaque. J'ai attendu que le rouge me monte aux joues bien fort, que la petite boule se serre dans mon ventre, comme avant quand j'étais gosse, et je n'ai rien fait. Je sais pas pourquoi.

Aujourd'hui, pile poil le jour de ce triste anniversaire je ne fais presque plus de cauchemars et je n'y pense presque plus. Je peux même y mettre quelques mots ce soir mais pas sans que des larmes de rage me montent aux yeux.


Cette note fait partie du jeu du sablier d'automne de Samantdi et Kozlika mais ce n'est pas une fiction. C'est un moment de ma vie. Un de ces rudes moments. C'était il y a tout juste un an. C'est marrant les coïncidences.

Chamane





Je n'ai plus l'habitude de travailler en entendant des sons humains autour de moi et je crois que je vais péter un câble.
Tous se penchent au dessus de l'épaule du chef qui s'est assis pour lire le carnet de l'archéologue disparu.

Ou je deviens fou ou bien c'est qu'il se passe quelque chose. Je n'en sais rien.

Depuis quelques jours ça se précise. Les animaux sur les parois de la grotte bougent. Ce n'est pas la lumière de la lampe qui les fait vaciller, c'est autre chose. Et puis il y a les bruits. Sous la roche ça grince et ça grogne. Des fois ça me fait peur.

Le texte s'arrête et reprend plus loin.

Neuvième jour de travail. Il n'y a plus aucun doute: quand je travaille près des léopards, j'entends des feulements.

Quinzième jour de travail: Je me suis attelé au relevé des crânes d'ours. C'est un long travail car ils sont nombreux. Je n'arrive pas à regarder en face, le crâne de l'ours géant qui est posé là, au milieu, sur la stèle. C'est comme si son regard me pénétrait.

Vingtième jour: Ce matin j'ai amené une offrande de fruits à l'ours. Ça a eu l'air de lui plaire. C'était comme qui dirait moins oppressant ensuite. Je vais rester assis toute la journée en face de lui. J'attends qu'il me parle, je sais qu'il a quelque chose à me dire, il me le fait comprendre.

Vingt-et-unième jour: Au campement, il y a un livre sur le chamanisme. En entrant en transe, je pourrait peut-être entrer en contact avec lui.

Vingt-deuxième jour: J'ai commencé de bonne heure ce matin. J'ai emporté tout ce qu'il faut. J'ai pris une couverture et quelques vivres au cas-où.
J'ai de quoi m'éclairer. Il est temps. Je dois franchir le pas. Je veux savoir. J'ai disposé autour de moi tout mon matériel. J'ai tracé sur ma peau les dessins rituels et imprimé ma main avec mon sang sur la paroi. La seringue est près de moi. Je m'injecte le produit. Je démarre l'enregistrement.

Enregistrement 1 – 1er octobre 2007 – Il est 14 heures. Je viens de faire mon injection. Je balance mon corps d'avant en arrière pour accélérer l'effet. La tête me tourne. Des lumières apparaissent. Je continue. C'est difficile et je ne sais pas si l'enregistrement tourne encore. Je crois que je suis en train de parler mais je n'en suis pas sûr. Les lumières virevoltent de plus en plus. On dirait un vaisseau spatial. Les léopards apparaissent. Ils foncent vers moi. J'ai peur. Ahhhhhh !

Je reprends conscience. Autour de moi, les léopards sont assis. Ils me parlent et je les comprends.
- Salut à toi l'Initié. Tu es le bienvenu. Nous t'attendions depuis très longtemps. Tu es l'offrande au Dieu ours.
J'espère que ça enregistre.
- Je suis seulement un visiteur de passage. Je veux comprendre, seulement comprendre. Un léopard blanc s'approche.
- Tu es l'offrande. Nous sommes les gardiens. Tu es le chamane, l'ours est ton double. As-tu oublié qui tu étais ?
Je bredouille, je ne sais plus. Au-delà du cercle des félins j'entends des bruits de chevaux, de mammouths, de bisons.
Je veux partir, décamper. J'ai peur à présent. Tout cela semble si réel !
Mais le léopard me retient. Je me saisit d'une pierre et je le frappe. Il me griffe, Je saigne. Je suis certain qu'il a arraché la moitié de ma joue.
De l'intérieur, ma langue ne rencontre plus rien. Je vais crever. Je détale.
Mort de peur, je réussis à leur échapper, je me fraie un chemin parmi tout ces yeux qui me regardent sous la lumière vacillante. Derrière moi, je les entends me suivre. Je cours de plus en plus vite, j'ai des ailes. Je les entends s'arrêter. Je vois la lumière de la sortie. C'est certainement elle qui les empêche d'aller plus loin.

Il n'y a personne. Il est trop tôt. Personne ne répond à mes appels. Je ne sais plus comment ouvrir la porte.
Acculé à la paroi froide, je n'ose lever les yeux.
Il y a le silence puis des pas lourds qui font trembler le sol. Ça se rapproche. Je sens une odeur pestilentielle et le cri de fureur de l'ours qui va avec.
Devant moi il se dresse, immense. Il crie. Il abat son immense patte sur moi. La douleur est fulgurante. Et je vomis sur lui mais il n'en a cure. Je vais mourir. Mon corps est certainement en lambeaux.

Il me traîne à présent, sur son sillage se referme la cohorte des animaux. J'ai encore des yeux pour voir mais pour combien de temps ?
Est-ce que ça enregistre encore ?
Il s'est arrêté. Je reconnais l'endroit. Partout des crânes d'ours. Je ne saurais dire ce qui se passe vraiment, par épisodes je perds conscience. J'entends des chants, des mélopées. J'entends l'ours grogner puis me parler.
- Je suis ton double et tu es à moi. J'ai attendu fort longtemps que tu reviennes mais tu m'as oublié. Il est temps pour toi de prendre ma place.
Il désigne le piédestal où se trouvait hier encore le crâne immense de l'ours qui me fascinait tant. Sous la mince lumière de la lampe que j'ai apportée,je vois l'ours lever la patte. Il va m'arracher la tête. Noooooonnnn !

Incrédules et consternés ils se regardent. Ce sont les mots, c'est la voix de Sylvain. Et il a disparu depuis deux jours. Que faut-il comprendre ? Est-ce que Sylvain est mort ?
C'est alors que le bruit de quelqu'un qui gravit la pente qui mène au campement vient rompre le silence.
Sylvain apparaît et tous le regardent.
- Et bien qu'est-ce qui se passe ?
- Mais, Sylvain ou étais-tu passé ?
- J'étais au village en bas. Rien de plus.
Le chef de la police s'avance en lui tendant le carnet et l'enregistreur.
- Reprenez vos affaires, monsieur, et à l'avenir, évitez de partir sans en informer vos collègues. L'endroit est dangereux.
- Désolé, je ne pensais pas que cela poserait problème. Cela ne se reproduira plus vous pouvez en être certain. Toutes mes excuses. Et Sylvain se retourne en poussant un grognement. Un grognement d'ours.

vendredi 5 octobre 2007

Mobilisation



Ce matin, entre Adler et Duhamel, l’immuable créneau de ma douche d’avant départ au boulot, agitant mes mains ensavonnées je fais tomber mon alliance.
Je la remets aussitôt mais avec beaucoup de difficultés qui me seront l’occasion de plusieurs vagues d’interrogation lors des minutes et heures suivantes, du séchage aux rebutantes tâches journalières et néanmoins professionnelles. Je suis dans une période un peu difficile de ma vie, je me demande quand je vais voir le bout du tunnel….

Je repose le journal. Pffttt ! Y'en a qui se font des nœuds au cerveau pour pas grand-chose. Le thé sur la table refroidit. Il fait beau, une belle journée s'annonce. Moi, je n'écoute jamais la radio après le réveil. Les infos du matin ça me met en rage. Encore toute ensommeillée, je suis une proie bien trop tendre pour les idées noires. Et le journal c'est rien qu'un ramassis d'idées noires. D'ailleurs, tiens, même en commençant doucement par le feuilleton hebdomadaire, ça me colle déjà des idées noires.
Je parie qu'en perdant son alliance, elle va croire que c'est un signe du destin. J'imagine qu'elle va se ruer sur son portable pour envoyer un sms à son chéri histoire de vérifier s'il l'aime encore. Ou bien, elle va se mettre à cogiter sur les beaux mecs par qui elle pourrait remplacer un mari franchement moins tripant depuis qu'ils sont mariés.

Un ramassis d'idées noires que je vous dis.
Quand je serai réveillée, bien armée contre le quotidien, prête à bouffer du lion et la cage qui va avec alors là, je ne reculerai devant rien.
Tiens par exemple, direct la première page. Allez encore une gorgée de thé et je me lance.

Petit bruit de la tasse dans sa soucoupe. Les oiseaux chantent. Ce soir j'irai faire une promenade dans les champs pour admirer le ciel. J'adore les ciels d'automne. En attendant j'ai une journée de boulot devant moi et cette satanée première page.

Je lis: ouverture d'enquête publique pour un projet de centre d'enfouissements de déchets industriels (autant dire qu'on met les déchets par terre sur une bâche et en voiture Simone) à St Escobille dans l'Essonne.

Quoi ! Que je dis d'un coup ! Mais c'est presque chez moi ça !

Plus loin, je lis. Une pollution sans précédent. La plus grand réserve d'eau souterraine de l'Europe contaminée pour des centaines d'années !

Mais c'est dingue ! Et je continue à lire.

Vous pouvez donner votre avis. Vous pouvez dire que vous êtes contre, qui que vous soyez, de n'importe quel endroit de la planète, vous pouvez. Chaque avis sera pris en compte. Vous pouvez vraiment faire échouer le projet et vous avez jusqu'au 8 novembre pour le faire..

Je me lève d'un coup, ma chaise se renverse. Comment c'est possible une chose pareille ? On est plus dans les années 70 ! Merde ! Y'a pas que ma journée qui va être foutue ! Ma cocotte, bouge toi les fesses.

En hâte, je chope ma tasse, mon journal. Au vol la dernière ligne du feuilleton. "Il me fallait bien me rendre compte que si mon doigt ne rentrait plus dans la bague c'est que j'avais grossi. Il était temps pour moi de regarder mon régime en face".

Pffttt ! N'importe quoi !!

Bien que ce texte soit une fiction, le projet dont il est question est bien réel et l'enquête publique sera ouverte du 8 octobre au 8 novembre 2007. Je vais essayer de faire bouger les blogs et à cette heure je ne sais encore comment m'y prendre. Si vous voulez bien m'aider, laissez moi un petit com. Il n'y a rien d'autre à faire qu'écrire. Voici le lien vers le site de l'association des mairies qui se battent contre le projet http://www.adse-saintescobille.com

Merci à Kozlika et Samantdi pour leur jeu des sabliers d'automne.

jeudi 4 octobre 2007

Free Burma



Jusqu'à ce soir minuit, mobilisation des blogs contre la répression en Birmanie.



Merci à DieuDesChats pour l'info.

Sarcophage



Je comprends ce que les gens disent. C’est pénible, je n’en ai pas l’habitude. Je déteste ça. Les gens parlent, j’entends sans avoir besoin d’écouter et je comprends. C’est infernal. J’ai l’impression de me mêler de ce qui ne me regarde pas. D’ailleurs ça ne m’intéresse pas, je ne veux pas savoir.
Je les entends tous, ils sont des centaines.
Ma tête me fait mal. Qu'ont-ils à tous vouloir parler ensemble ? Je n'ose pas ouvrir les yeux. Que m'est-il arrivé ? Je tente de bouger mon corps que je sens endolori. J'écarte les doigts, c'est froid, je fais glisser mon bras, je sens le sol de pierre.

J'appelle.
- Memnet ! Viens tout de suite ! J'attends mais Memnet, mon serviteur ne me réponds pas. Pourtant, il devrait être comme à l'habitude pas à plus de quelques pas de moi.
- Memnet ! Toujours rien. Je n'aime pas qu'on me désobéisse. Je le punirai.
Et ces voix, tout ces gens qui parlent. Ma colère monte. Mais enfin, que se passe-t-il ? Je vais ouvrir les yeux.

Je suis dans un couloir, les murs sont hauts, ils sont peints de rouge, de vert, de jaune, de bleu et d'or. Petit à petit ma vue s'accomode de l'obscurité,je discerne les motifs. Au centre c'est moi. Je porte le Némès La coiffe ornée du cobra.
C'est un choc, je me relève. Je reconnais l'endroit.
Je suis dans mon tombeau. Je suis Hapsout. Je suis Pharaon. Il me faut sortir de là. Je tente d'avancer mais c'est impossible. Mon corps tout entier refuse de bouger. Je peux bouger les bras, les jambes, la tête, je ressens le froid, j'entends et je vois mais je reste là. Impuissant. J'enrage.

De tous ces gens qui embrouillent ma tête, il doit bien y en avoir un qui a la solution.
Un enfant braille. "Chut" lui dit sa mère. "La cérémonie sera bientôt finie". Et puis j'entends. "le cortège va bientôt arriver" "j'ai soif. Qu'ont-ils à nous faire attendre si longtemps ?" Un homme chuchote à l'oreille d'un autre." Sais-tu qu'il y a une erreur dans la formule magique ? l'ouvrier qui l'a peinte ne savait pas écrire Si jamais Pharaon ne l'a pas apprise par cœur, rien ne pourra l'aider à passer dans l'au-delà."
Mais que disent ces gens ?
Une femme pleure. "Pharaon est mort, Pharaon est mort !"

- Quoi ? Mais Pharaon c'est moi, et je suis là bien vivant ! Où étais-je l'instant d'avant ? Il me faut retrouver la mémoire. Dieux ! Aidez moi ! Un chant s'élève dans ma tête, les voix disparaissent.
Il faut chaud maintenant. Le soleil est haut dans le ciel. Je me souviens.
Immense est le désert. L'armée des Nubiens en face de la mienne est forte et puissante mais nous sommes mieux armés et nul doute qu'avant le coucher du soleil, ils seront tous massacrés. Depuis l'aube la bataille fait rage mais l'ennemi faiblit inéluctablement.
Sur mon char, tous me regardent et j'attends la fin du combat. J'attends d'aller moi-même trancher la tête de mon ennemi. Ils sont braves mes soldats. J'adore ce spectacle.

Mais, il est temps maintenant, Memnet vient me chercher.
- Grand roi, l'ennemi est à terre. Nous avons gagné.
Je m'approche du vaincu. Il git à terre, de son flanc, jaillit son sang comme une toute petite fontaine qui pulse, il me regarde, le soleil l'éblouit. Il tente de soulever son bras pour s'en protéger mais du pied je l'immobilise. Je sors mon poignard et je vais lui trancher la gorge. Un genoux à terre, je me penche vers lui.
A l'oreille je lui murmure. "Prépare toi. Tu vas mourir".
D'une voix à peine audible il me répond: "Soit mais après toi".
De suite après je sens l'air me manquer. Je porte ma main à ma gorge, mon sang coule. Il éclabousse. Memnet se précipite. Je tombe à terre. L'air fait un petit gargouillis quand il rentre dans mes poumons. Ma vue se brouille. Il fait noir. L'instant suivant je suis ici.

Alors c'est que je suis mort ! -Dieux ! Ne me laissez pas seul, sortez moi de ce couloir !

Je flotte.
Sans effort, je passe à travers le mur.
Devant moi se déroule à présent une scène terrible. Les voilà tous assemblés devant mon sarcophage. Toutes mes femmes, tous mes enfants. Mes ministres également.
Le Grand prêtre récite les prières rituelles. Je me fraie un passage parmi eux. Désespérement, je tente de leur parler. Leur dire que je suis là. Plus comme avant mais je les entends, ils doivent certainement m'entendre. Mais rien n'y fait.
La cérémonie prend fin. Ils sortent tous à l'exception du Grand Prêtre et des jeunes prêtresses. Le Chœur des vierges entonne le dernier chant. Elles sont couvertes de cendres et de larmes. Elles poussent des cris de désespoir en s'arrachant les cheveux. Ces cris et ces larmes sont sincères car bientôt pour elles aussi la mort sonnera.
Le Grand Prêtre referme maintenant le Livre et d'une boite d'or sort un poignard. Une par une, il tranche les jeunes gorges puis il s'agenouille une dernière fois et sort. C'est le silence à présent.

Cela m'effraie. La porte se ferme. Inexorablement. J'entends à présent les lourds blocs de pierre sceller l'entrée. J'ai peur. Je veux sortir. Mais rien. Il n'y a rien pour sortir. Il m'est à nouveau impossible de bouger.
J'invoque les dieux.
- Sortez moi de là ! Vous voyez bien que je ne suis pas vraiment mort ! J'ai tout vu !
Dans les dernières lueurs des flambeaux qui se meurent, je discerne une silhouette qui s'avance.
- Anubis !
- Oui, Pharaon. Je suis Anubis. Je viens te chercher pour t'emmener au royaume des morts. Connais-tu la formule ?
- Euh non, c'est-à-dire que je suis encore jeune. Je n'avais pas prévu ça. Je n'ai pas eu le temps de l'apprendre par cœur.
- Ce n'est pas grave. Et d'un grand geste il me montre les murs. Vois, comme tout est inscrit là.
Fébrilement je cherche, je lis plus vite que je n'ai jamais lu. La voilà. Péniblement je déchiffre.
- Par Acrubis, mort pas mort. Accorde moi ta pensée et ouvre moi la forte.
Je vois Anubis lever un sourcil l'air étonné. Puis l'air fataliste, il se retourne et s'en va.
- Je suis désolé. Ce n'est pas la bonne formule. Et il n'y a pas de seconde chance.
- Et alors qu'est-ce que je dois faire ?
- Rien, tu restes là pour l'éternité.
Et la lourde porte du royaume des morts se referme sur les pas d'Anubis.
Je suis seul.
Les dernières lumières s'éteignent en grésillant.
Sur mon tombeau, les jeunes vierges se vident de leurs dernières gouttes de sang.
Et le silence. Rien que le silence.

J'étais Pharaon. Le troisième de la seconde dynastie.

cette note fait partie d'un jeu : le sablier d'automne qu'organisent Kozlika et Samantdi. Tous les soirs, pendant quelques jours encore, un texte à écrire et deux heures pour l'écrire. Merci pour cette initiative qui dépoussière les neurones

mercredi 3 octobre 2007

Un train à prendre



J'ai très longtemps habité près d'un pont SNCF, tout au nord de Paris.
Un pont très noir, qui tremblait au passage des trains de marchandises, un pont que j'aimais.
Comment pouvait-on aimer un tel amas de ferraille, lui trouver un quelconque charme ? Sans aucun doute, je devais être la seule dans ce cas.

Pour la bande de gamins du quartier où nous habitions, c'était la frontière. Au-delà c'était le village voisin, autant dire le bout du monde.

Il fallait bien compter la demie-heure pour aller jusque là. Auparavant, nous devions traverser ce qu'on appelait la plaine. Dans la plaine il y avait, au milieu des champs, une route avec tout ses accessoires qui n'avait jamais servie.
C'était notre territoire. On jouait dans le réseau d'égoût qui n'avait jamais connu que l'eau de la pluie, on lançait des cailloux sur les lampes des lampadaires qui ne s'étaient jamais allumés et on se faisait des cabanes dans les conduites en béton abandonnées là par le chantier.

Il y avait aussi les fleurs des champs qui poussaient dans les caniveaux et qui étaient bien pratiques pour se faire pardonner des mamans quand on rentrait tout déglingué des gadins qu'on se prenait en vélo sur la route à moitié bitumée.

De fois, on allait jusqu'à la frontière. C'était héroïque parce qu'il fallait croiser la vieille pute dans son wagon et les gitans qui campaient presque toute l'année sur le terrain de foot. Mais une fois qu'on les avait passé c'était génial. Planqués dans la forêt, nichés près des piles du pont tout noir, on regardait passer les trains de haut. On pouvait presque les toucher de la main.

Et puis un jour, on a eu une idée géniale. Une idée de grand. Une idée qui donne des couilles même aux filles. On allait jouer avec les trains. Affronter le monstre de fer et toujours gagner à la fin. On s'installait chacun son tour sur la voie, on guettait le monstre et au dernier moment on sautait. Juste avant que la bête ne nous aspire.

C'était bon. On sentait sur notre échine le souffle du dragon, on était trempé de peur mais à chaque fois on gagnait.

On se tordait les chevilles sur les cailloux, on se faisait des gnons en sautant n'importe comment. Mais on était fier. Super fier. Y'a pas grand monde qui pouvait en faire autant. Pas vrai ?

On y passait l'aprem. Chacun son tour ça prenait du temps. On rentrait souvent un peu trop tard. Les voisins se prenaient une rouste parce que le père avait déjà bien picolé à cette heure. Mais c'était pas grave. De toutes façons, le père, c'était tous les soirs qu'il tapait. Moi, j'avais de la chance, je cueillais des fleurs des champs dans le caniveau et ça suffisait. J'avais l'air ravie, je sentais le bon air. Pour ma mère c'est ce qui comptait et elle ne voulait pas savoir le reste.

Bien qu'étant un vrai souvenir en vrai (sauf que je n'avais pas de tendresse particulière pour le pont et que j'habitais au sud de Paris, faut pas déconner avec les précisions historiques hein ? ), donc, cette note fait partie d'un jeu qu'organisent Kozlika et Samantdi. Tous les soirs, pendant quelques jours encore, un texte à écrire et deux heures pour l'écrire. Merci pour cette initiative qui dépoussière les neurones

lundi 1 octobre 2007

La fille à part



J'ai jamais su faire partie d'un groupe sobrement. Je suis une fille à part. Où on m'aime ou on me snobe mais c'est rare qu'on m'intègre comme un élément d'un tout.


Pic: my Doux

En fait, dans mon enfance bizarre,à l'école, j'étais la fille sur qui on tape et ça forge un caractère. Le prétexte c'était que j'avais un nom de famille italien. Moi, qui suis blanche comme une irlandaise, on m'affublais de noms d'oiseaux bien méditerranéens dont je ne comprenais pas toujours la signification. Je me vengeais en étant la première de la classe assise à glander au dernier rang. Ça les énervait et j'aimais ça.
Mais basta comme disait le grand père (et vous connaissez là à peu près le dixième de mon vocabulaire italien), je crois que j'attirais les foudres, pour une toute autre raison, c'est que je n'ai jamais su nager avec le courant et même que c'est une seconde nature.
Papoter du temps qu'il fait, ça me gonfle. Hurler avec les loups, ça me hérisse le poil.

Résultat, dès que j'ai su me défendre, j'ai pris la tête de tous les groupes dans lesquels je me trouvais ou bien j'en devenais la foldingue de service sous peine de me faire jeter. Évidemment la plupart du temps je me suis faite jeter.

Au boulot par exemple. J'ai toujours essayé de faire passe muraille. Au bout de 15 jours, j'étais devenue tellement transparente qu'on oubliais de me sortir avant d'éteindre la lumière. Le remède était simple, il suffisait d'arriver avec chapeau à fleurs et tenues extravagantes et de tenir des propos sucrés acides pour retrouver mon grand rôle habituel: la fille avec qui on va faire des bêtises, celle à qui on dit tout, on ose tout mais pas celle qu'on invite à la party machin machère dès fois qu'elle nous plombe l'ambiance.
"Jean de la Lune" qu'on m'appelait dans la famille. Allez savoir pourquoi, toute petite déjà je le chantais à tue-tête sur l'air du "gare au gorille" de Brassens. Ce qui évidemment choquait. Au début, je savais même pas pourquoi.

Et ben ça a pas changé, et pis ça veut pas.

Mon apartitude, j'en ai fait mon métier et je suis devenue coordinatrice de choses insensées. Puis je me suis mise à l'écriture et à force de réfléchir, petit à petit j'ai échafaudé une sorte de théorie sur la vie que je m'apprête à enseigner aux autres. Tout ça ayant l'air bien prétentieux, retranchez les mots de 90% de leur potentiel et vous obtiendrez à peu près ce que je suis en train d'entreprendre.
Je c'est d'ailleurs pas le mot juste. Avec moi, j'ai deux zigotos qui ont les pieds un peu plus sur terre que moi.
Ça prendra l'aspect de stages puisque l'idée c'est d'appliquer les grandes idées au concret qui fait du bien.

Le premier stage portera sur la pâte d'amandes. Nos futur initiés apprendront à devenir des sorciers confiseurs pour mettre un peu de magie dans leur vie et dans celle des autres.
Cela aura lieu le 13 octobre, au foyer de l'YMCA au théätre Trévise à Paris. Ce sera un huis-clos.Et j'ai un putain de trac !