C'est marrant les coïncidences
Par Naya, samedi 6 octobre 2007 à 23:23 :: Incipit :: #191 :: rss
Je n’ai pas de mot. C’est rare. Mais c’est ainsi. Ma colère est au-delà des mots.
En plongée:
Le lit dans la chambre. Rideaux de velours rouge théâtre. La fille en pyjama gris.

Pic: moi
De l'intérieur:
Elle est là, elle me brûle, la colère qui ronge mon ventre. On dirait un petit animal sauvage qui ne veut pas que je l'emprisonne.
Elle se débat ,la féline, elle me grille, et feule la rebelle. Elle appelle ses congénères des temps passés. Elle convoque les flamboyantes qui dormaient, sages; domptées par le temps. Elle les excite et me met en rage.
Qu'il était doux le temps où les choses se réglaient à coups de poings. C'était simple. On sortait ses armes, on se roulait dans la poussière , y'en avait un qui gagnait et l'autre acceptait la défaite. Pour un temps. Jusqu'à la prochaine fois, où on se reroulait dans la poussière et voilà.
J'aimais bien. Je gagnais la plupart du temps parce qu'à ce jeu là, c'est pas ce qu'on croit. C'est pas le plus fort qui gagne mais le plus dingue. Assurément.
Oui, mais voilà. Dans la vie, c'est pas tout à fait les mêmes règles que dans la cour de récré. Y'a des choses qu'on peut pas faire. .
J'avais pour remplacer mes petits poings serrés d'enfant, une armure forgée avec les mailles du temps.
Je l'avais déposée un instant, protégée, à ce que je croyais pas la force du serment.
C'était idiot. C'était comme poursuivre un rêve. Comme si j'avais voulu rattraper l'insouscience de l'enfance que je n'ai pas beaucoup connue.
Alors, j'ai pas vu le coup venir. Un foutu coup bas, bien au-dessous des lunettes. Un coup de lâche sans noblesse.
Et maintenant, j'encaisse mal. Je cherche un peu d'air, une issue. J'en appelle au temps qui passe. Mais putain que je sens qu'il va passer doucement !
Vue sur fenêtre.
La lune filtre à travers les rideaux tirés du baldaquin. 5 heures du matin.
De l'intérieur:
Je me réveille dans un cauchemar, les dents tellement serrées que j'ai rêvé qu'elles explosaient toutes en même temps. Pas le temps de souffler. Je reviens tout de suite au sujet.
L'épaisseur de la nuit teintée de lune transforme l'obscurité en monstre énorme, sorte de cerbère de mes cauchemars délirants. Faut que je me lève je peux pas faire autrement.
Rez de chaussée.
Canapé. Il est rouge aussi. Ouvert sur la table "l'homme aux cercles bleus" de Fred Vargas. Les chats noirs et le chien blanc qui dorment. Un yahourt et une petite cuillère.
De l'intérieur:
J'ai juste un petit peu faim mais le yahourt c'est bien, c'est régressif. Regresser vers quoi ?Je tape un peu aussi sur cette vieille colère là. C'est pas le moment de chatouiller l'enfance.
Derechef je reprends mon bouquin. Je tombe là-dessus:
"Les adultes-enfants m'ennuient, ce sont des cannibales. Ils ne sont propres qu'à se nourrir de la vitalité des autres. Ils ne se perçoivent pas. Et parce qu'ils ne se perçoivent pas, ils ne peuvent pas vivre et ne sont rien d'autre qu'avides, du regard ou du sang de quelques autres".
Bizarre, de trouver ça dans un polar.
8 heures, le réveil va sonner. Je retourne me glisser dans mon lit, dans les bras de l'homme que j'aime.
Finalement l'art est-il si important ? J'aimerais tellement me convaincre que non, mais j'y arriverai pas, je le sais d'avance.
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C'était il y a un an. Un an tout juste. Je m'en rappelle c'était le soir de la "Nuit Blanche".Tout pile poil comme ce soir.
Nous avons beaucoup marché. J'ai parlé beaucoup aussi. Je lui ai dit que ce n'était pas humain de trahir comme ça.
La veille encore comme ça lui arrivait souvent, les jours d'angoisse, il disait "j'ai tellement besoin de toi." Il répétait "Je ne peux pas travailler sans toi".
Moi j'avais le rouge aux joues quand il me disait cela. Mais je comprenais. C'était bien, on était uni dans le travail. Rien d'autre n'existait entre nous. Rien d'autre que devenir les meilleurs à force de travail. On voulait conquérir le monde. Oui, mais.
Oui mais ce soir là il m'a dit "Je ne veux plus te voir". Alors j'ai parlé, et les autres aussi ont parlé et personne n'a pu faire quoi que ce soit. Lui n'a rien dit de plus Je me souviendrai toujours de cette longue marche.
Et puis il y a eu ce terrain vague du côté de la Goutte d'Or. Sur les murs il y avait une projection. Des voix parlaient du quartier. On y était arrivé par hasard. Dans ce terrain vague tout bleu. Il était là avec son air buté, les épaules rentrées, l'air si faible et si con et j'avais tellement envie de le frapper.
Mon poing s'est serré, j'ai cherché l'angle d'attaque. J'ai attendu que le rouge me monte aux joues bien fort, que la petite boule se serre dans mon ventre, comme avant quand j'étais gosse, et je n'ai rien fait. Je sais pas pourquoi.
Aujourd'hui, pile poil le jour de ce triste anniversaire je ne fais presque plus de cauchemars et je n'y pense presque plus. Je peux même y mettre quelques mots ce soir mais pas sans que des larmes de rage me montent aux yeux.
Cette note fait partie du jeu du sablier d'automne de Samantdi et Kozlika mais ce n'est pas une fiction. C'est un moment de ma vie. Un de ces rudes moments. C'était il y a tout juste un an. C'est marrant les coïncidences.

Commentaires
1. Le dimanche 7 octobre 2007 à 00:36, par Marie-Aude
2. Le dimanche 7 octobre 2007 à 01:37, par Naya
3. Le dimanche 7 octobre 2007 à 08:15, par meerkat
4. Le dimanche 7 octobre 2007 à 15:24, par Naya
5. Le lundi 8 octobre 2007 à 00:01, par Fauvette
6. Le lundi 8 octobre 2007 à 10:21, par ddc
7. Le lundi 8 octobre 2007 à 18:44, par Naya
8. Le lundi 8 octobre 2007 à 18:49, par Naya
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