J'étais pas là. J'aurais pas du. Faut dire que ma vieille carte mère, elle avait tendance à s'accrocher à moi. Elle et son vieux processeur faisaient une paire diabolique, capable de mener mes fesses d'écrivain geek le plus souvent possible vers mon ordinateur. Alors forcément la première fois où j'ai découché, ces deux là se sont entendu pour me faire la crasse du siècle: ils se sont suicidés. La main dans la main, sans un chuintement à peine quelques menaces, ils ont profité d'un enième merdoyagedélestage sauvage d'EDF pour mettre la clé sous la porte.

Moi, pendant ce temps-là, guillerette, je patassais de la pâte d'amandes avec Fauvette et soeurette. Il faisait beau. Sur les toits de Paris, dans l'atelier d'Eiffel, on se la coulait douce. Y'avait un bon petit rhum au bar, ça sentait le chocolat. Du bonheur en barre, je vous le dis.

Après on est remonté dans les caisses pour aller manger un bout du côté de la campagne de soeurette.
Dans la nuit, y'avait un vent à décorner les boeufs normands. D'ailleurs sur la route, on en a croisé un qui avait valsé grandiose en plein milieu de l'autoroute. Je crois bien qu'il en avait été quitte pour une grosse peur. Enfin bon, j'aurais du y voir comme un signe. J'ai rien vu nom de nom.

Quand soeurette après que nous nous soyons tapé un bon gueuleton sous le regard de ses greffiers indignés, nous a proposé de s'en taper un petit de roupillon, j'aurais du dire non. Et puis, je sais pas ça a été plus fort que moi. J'ai appelé la crèche pour leur dire qu'on ne rentrerait pas. Ma carte mère, elle a pas supporté parce que c'est juste après ça que le malheur est arrivé.

Mais je savais pas, hein, je le jure. Je savourais le bon dodo de la chambre d'amis des bois. Je lisais "un mordu" de Chandler. Ah si Marlowe avait été là, il l'aurait senti le drame.

Aujourd'hui, je m'en mords les doigts. Là pendant que je vous parle, c'est avec l'aide de mémère la carte mère de mon vieux pote le portable. Les mails sont dans les choux, rien de plus puissant que paint pour traiter les photos. La vie, je vous jure, c'est une chienne de galère.

Encore 4 jours à tenir à ce régime là. Putain, aidez moi, je sais pas comment je vais tenir. Le petit sablier qui s'affiche à chaque clic devant mes yeux semble vouloir me rendre folle. Je suis au bord du gouffre, de la déchéance, de la décrépitude, du Grand Rien et de l'Autre Ailleurs.
Peut-être que j'arriverai à vous faire un édit avec une photo et tout ça. Rien n'est moins sûr.
On se sent si petit, si frêle, si fragile dans ces moments là !