Au cas ou y'en a qui auraient zappé ça, mon Doux il est directeur de nefs des fous. Et entre autres d'un internat. C'est pas des foufous à lier c'est des presque fous mais des fois ça change.

Mon Doux, il a un joli téléphone. En général, le joli téléphone il sonne le soir (son moment préféré pour sonner c'est le moment du repas. On essaie bien de ruser en ne dînant pas à heure fixe, mais bon, rien à faire, il s'obstine à sonner à ce moment là.)
Pour téléphoner chez moi c'est un peu spécial. Il faut s'accrocher aux rideaux, le nez collé à la vitre de la porte fenêtre.
En général quand ça sonne ça donne des trucs étranges.
Allo ?... Silence…. Bon, passe la moi…. Josette, tu sais que c'est pas bien de manger les mouchoirs…..D'accord ? Tu veux bien me faire plaisir ? C'est gentil… maintenant passe moi ton éducatrice… Allo ? Bon ayé, elle a arrêté ?… Bien, tant mieux.. Elle a pris ses médicaments avec l'infirmière ? Oui. C'est bien… On va pouvoir dormir cette nuit…..
Des fois, les invités, ça leur fait un effet bizarre, ce genre de coup de fil.
Bon, en même temps c'est le métier qui veut ça. Comme je dis toujours on serait boucher-charcutier ça serait pas le même discours.
Allo ? Boucherie Naya ? Ce serait pour deux kilos de boudin…. Oui… Ah bon, je vous dérange ? Comment ça en pleine nuit c'est pas possible de commander ? Ah..
A demain alors….
Bref, hier soir nous avons eu le nectar du nectar des histoires d'astreinte.
On était pas chez nous mais le téléphone a sonné tout de même. Dring et redring. Sauf que cette fois, Josette elle a chaviré. Pas pris ses médocs et à 22 heures elle sombre dans la démence.
Nous voilà dans la voiture direction la Nef. Je vous passe les détails mais le fait est qu'elle était en train de se faire mal tout en hurlant de toutes ses forces. Josette, elle est aussi large que haute et elle aurait pu faire basketteuse. Je vous laisse imaginer l'ampleur des hurlements sortant d'un tel coffre.
Je suis restée dans la voiture mais j'ai pu observer un ballet étonnant. Comme quoi on est vraiment dans un pays riche.
Les 3 éducatrices et le veilleur de nuit n'arrivent pas à la maîtriser. Ils décident d'appeler les pompiers et de la faire hospitaliser en urgence à l'hôpital psychiatrique. 3 pompiers arrivent, impossible de la maîtriser. Ils demandent l'autorisation à leur hiérarchie de lui administrer un sédatif. Pas possible, il faut demander au médecin du Samu de le faire. Je vous passe les temps d'attente et les renvoyages de balles et autres patates chaudes. Les médecins arrivent. Pas possible non plus de la maîtriser. Arrivée de deux gendarmes en renfort.
Enfin il est possible de la maîtriser. 12 personnes sur le coup. Ouf.
Départ en convoi pour l'hôpital général pour remplir les papiers. Camionnette des pompiers, voiture des flics, ambulance du Samu et nous.
Ils ont mis les pinpons et tout ça. Ça flashait joliment sur la RN20. Y'avait que nous. A l'arrivée les flics se marraient. Grâce à nous, pour une fois ils ne s'étaient pas fait flasher par le radar automatique. Uhuhuh ! Si ça se trouve l'un d'eux est l'affreux qui nous a topé un point de permis l'autre jour. Bref…. Passons.
Voilà, Finalement, Josette a fini sa nuit à l'hôpital psychiatrique (aux dernières nouvelles elle va bien) et on est tous rentré.
Bilan: 2 heures et demie (tout en temps d'attente ou quasi) et 12 personnes sur le coup. Coût financier pour la sécu: j'imagine astronomique.
Mais dans tout ça j'ai eu accès à un grand secret que je vous livre ici: Le voici:
Dans les films, on voit des personnages se faire endormir grâce à une piquouze magique. On les voit s'effondrer dans l'instant. Je sais pas pour vous mais moi je me suis toujours demandée si c'était vraiment comme ça que ça se passait. Depuis hier soir, je sais:
Alors, la piquouze elle fait effectivement effet le temps de compter jusqu'à 4 sauf que ça ne dure que 120 secondes. Il parait que les porteurs angoissaient que Josette se réveille le temps de la mettre sur le brancard et que les médecins étaient pêtés de rire.
La vie est une grosse marade mais c'est très subjectif. Comme dirait Einstein, tout dépend du point de vue duquel on se place. Des fois il change en cours de route. En bien ou en mal. On sait pas trop. On vit dans un monde de dingues, bonsoir