Naya blog

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lundi 26 novembre 2007

Peupler l'hiver



En concert, plus ça pogote derrière et plus il faut savoir en rire et se serrer les coudes pour ne pas tomber. La vie c'est comme un grand concert en fin de compte.


Pic: moi

Meerkat a raison, il faut peupler l'hiver de fêtes sompteuses pour ne pas se perdre dans le petit nuage gris qui voyage au-dessus de nos têtes.
Samedi, j'ai fait ça. Encore ? Ben voui quoi !

Samedi, nous sommes allés en Belgerie, mon Doux et moi en compagnie de notre associé chéri chercher du matos pour nos stages.
La Belgerie c'est le pays où habite DieuDesChats. C'est dire si l'endroit est sacré.
Il faut dire qu'ils savent vivre ces gens là. Juste à quelques mètres de la ligne de la frontière, on trouve les chocolats et les bières avec des noms qui me font toujours marrer.
Donc, aller retour dans la journée. Il faisait beau. La route roulait vite et la musique était très rock'n roll.

Le soir quand on est revenu, transi, moulu, courbatu, on a pas résisté à l'envie d'aller voir notre groupe préféré à la Flèche d'Or. Neï**mo. Ça pogotait dur, j'ai du dégager, la baston c'est plus de mon âge. Mon Doux, lui s'est vengé en ventilant grave les bourins à un bon mètre autour de lui pour tout le reste du concert. Non mais ! Mais c'est après le concert qu'il m'est arrivé un truc qui fait du bien pour plusieurs décennies.
En sortant, j'attendais tranquillou ma Lisa et sur le trottoir qui attendait presque seul dans le froid de l'hiver, j'aperçois le guitariste de Neï**mo. Oubliant mon grand âge, je visse la casquette bien sur le crâne et hop je me lance. Je vais lui causer !

Je n'avais jamais fait ça. Aller déclarer sa flamme. Dire" j'aime ce que vous faites", j'ai toujours trouvé ça très con. Mais mue par une irrésistible force invisible, ignorant la petite voix qui s'en tordait déjà de rire, j'y suis allée. J'ai mouliné des mains comme d'habitude et j'ai parlé d'écriture. Je lui ai dit combien leur musique m'était indispensable. Je crois que je l'ai un peu désarçonné mais pas longtemps. Je garde nos mots pour moi mais pour résumer, c'était fort.

Déjà là, j'avais atteint le ciel de la félicité. Il ne faisait plus froid, le trottoir était tout doux sous mes pieds, les ailes m'avaient poussées aux talons de mes chaussures rouges à lacets.
A ce moment précis, je me suis retournée. Et là…. Le chanteur était à pas plus d'un mètre cinquante de moi.


Pic: my Doux

J'en étais à me dire que non, je n'allais tout de même pas recommencer que déjà mon Doux était avec lui. Je l'ai rejoins. On a parlé un peu plus longtemps. Bien sûr, c'était sous l'émotion commune d'un concert vraiment réussi mais tout de même je crois qu'on a partagé comme quelque chose qui vient de très loin du fond des tripes, de ce qui nous coince le cœur tellement il est gonflé d'émotions qui nous fait chanter, écrire, dessiner. Je crois qu'on s'est senti de la même tribu.
Alors voilà. Demain le facteur emporte une enveloppe pour chez lui. Dedans, il y a mon Trauma. Parce que c'est avec eux que j'écris les scènes qui cognent parce que c'est en pensant à eux que j'ai écrit une des nouvelles qu'il y a dedans.

Et dans mes rêves les plus fous, je m'imagine toute petite comme une souris, installée dans un coin avec mon ordi, et je les écoute en live et j'écris, j'écris…….

lundi 19 novembre 2007

Choupinette, Doudoune, Nath, Phil, Sylvie, Elek et Naya



Six ans. Ça fait six ans que je fréquente un drôle d'endroit à Asnières. A l'époque on l'avait appelé l'histoire de l'atelier. Il était question de fabriquer avec nos petites mains des choses à vendre pour les tites n'enfants qu'ont pas de pot. Du genre qui meurent tôt. Cherchez pas de quoi je parle, y'en a pour toutes les raisons.


Pic:moi


On s'est connu sur un forum. Une fille a dit qu'elle avait une salle, moi j'organisais la vente sur le net et mon Doux avait enfin une machine à coudre à lui. On a fait appel aux bonnes volontés. De partout, de France et même de Belgique, d'Italie et du Quebec sont arrivés les bouts de tissu.

C'était sympa. Le facteur, bien qu'habitué à nos extravagances postales se marrait et nos apportait de belles enveloppes bien grasses et dodues à souhait.
La première fois nous avons fabriqué des coussins. Une énorme pile. Je ne me rappelle plus exactement mais ça faisait dans les 250.
On a vendu un peu sur le net et puis Sylvie a ouvert sa boutique. C'était bien plus simple pour vendre. C'est devenu très très cool. Du stock, un lieu pour vendre. On arrive tranquille avec nos petites idées, notre matériel et on déballe tout sur de grandes tables.

Parce que nos vies sont chargées, parce qu'il y a le boulot, les enfants, les maisons on n'arrive à se rencontrer que deux fois par an mais ces deux fois c'est comme de vivre Noël. On passe une journée extraordinaire, on s'apprend des nouvelles techniques, on se fait des cadeaux et une super bonne bouffe. On oublie un temps les choses qui vont mal et on parle de ce qui va bien. Des enfants qui grandissent.

Hier ça caillait un peu, mais on a quand même eu du mal à se séparer comme d'habitude. Hier la petite Julie que j'ai connue bébé m'a fait un dessin.

Le bonheur c'est comme une fleur dans la neige. Il survit là où on ne l'attend pas. Il est tout petit quand on le croise et il grandit quand on le prend dans ses bras.
Militons pour lui.

Edit:Centre d'enfouissement de st Escobille suite. La sénatrice qui soutient notre combat a déclaré en réunion publique que l'enquête publique avait reçu plus de 4000 signatures. Ce qui est parait-il énorme. Pour exemple, elle a cité le PLU de Paris qui lui avait recueilli 2000 signatures lors de son enquête publique. Espérons donc que la commission suive l'avis des citoyens sinon on continuera à se mobiliser.

Merci de tout coeur à ceux qui ont écrit.

mercredi 14 novembre 2007

La voie du samouraï selon mémé



Je me suis rendue compte il y a peu que j'avais développé à mon corps défendant quand j'étais petite une relation à la douleur qui m'a permis d'oser pas mal de choses dans ma vie.


Et là, je me dis que c'est quand même marrant l'esprit humain. Pensez donc, j'ai profité toute ma vie d'un truc que je n'ai même pas soupçonné et tout ça grâce aux méthodes musclées d'éducation de mémé.

Techniquement c'est en faisant de l'aïkido avec mon père et un ami de la famille (un psychologue chamane moitié sioux et qui a depuis a fait une brillante carrière en Chine dans la finance) que je me suis rendue compte que j'avais certaines aptitudes. Dans l'aïkido, pour ce que j'en sais, il s'agit non pas de foncer sur son adversaire mais de l'accompagner dans son geste et dans sa colère pour mettre cette énergie à son profit et donc retourner l'énergie contre son adversaire. Ça vous fait penser aux Jedi ? Moi aussi. Mouarf. Le jour où j'ai compris ça, c'était bien parce qu'après, j'ai pu me battre plus souvent, ça prenait de moins en moins de temps et ensuite plus du tout parce que les petits morveux de 4ème encore imberbes ne faisaient pas le poids du coup.

Etrangement, je ne m'étais jamais posée la question de mon inaptitude à déguster comme tout à chacun le cocktail peur-douleur. Parce qu'évidemment des fois ça faisait un peu mal, des fois le roulé-boulé sur le bitume ça cognait un peu, surtout le jour où j'ai appris que les trottoirs ils étaient pas en chewing-gum comme dans les Barbapapas mais bien en béton dur.

Il y a quelques temps, quand j'ai commencé à me rencarder sur les mythes et autres légendes asiatiques, j'ai croisé, forcément, les légendes taoistes. J'ai commencé à saisir un petit bout des sages techniques de la maitrise de soi. Et un jour j'ai eu une révélation: Mémé ! C'était à elle que je devais tout ça. A elle et à son Dudley de fils.

Pour ceux qui ont lu Harry Potter, mon oncle lui ressemble un peu. Enfin surtout au niveau du poids et de la sale tronche de rat qu'il a mais aussi à cause de l'idôlatrie maternelle dont il a profité et qui, il faut bien en convenir, lui a très tôt grillé le cerveau.
Mon oncle en terminait avec l'adolescence quand mon grand père est mort. Il est mort bêtement de diabète alors qu'il suivait avec application le nouveau traitement miracle du médecin: 300gr de fromage par jour. L'histoire ne dit pas si le médecin avait des actions chez le pompefunèbrier du coin. Donc, voilà mon Dudley d'oncle intronisé Chef de Famille.

En ce temps là, j'étais toute petiote, je vivais à peu près la moitié du temps chez mes parents et l'autre chez ma grand-mère qui habitait le même village. Et ô malheur, je ne voulais pas manger. Surtout la cuisine de mémé qui était une super bonne cuisinière de trucs dégueu. Mes parents en grand désespoir de me voir si maigrichonne me confièrent donc aux bons soins de mémé et de Dudley. Au menu; des choses bien roboratives et plein d'abats pour me fortifier. Evidemment, j'avais déjà un certain caractère, et je ne savais plus vraiment si mon vrai prénom c'était Naya ou tête de mule ou alors bourrique.

Ils appliquèrent donc la seule technique d"éducation qu'ils connaissaient: les bondieuseries, la culpabilité et si ça ne marchait pas la baston. On en est venu très vite à la baston. Le Dudley, il en venait avec ses grosses pattes d'obèse et son cerveau de psychopathe à cogner très dur. Tellement que sa main elle était plus dure que le mur sur lequel il me jetait. Ensuite, il me recollait devant mon assiette ou la cervelle avait refroidie et la sauce figée de froid. Ce qui évidemment la rendait encore plus impossible à avaler. Mémé avait beau m'immobliser et me tenir la tête, soit ça rentrait pas soit je vomissais tout. C'est là que mémé sortait son arme secrète: la cave à charbon.
Elle m'y descendait, hurlant, crachant et mordant et m'enfermait dans le noir total parmi les gros bouts de charbon qui roulaient sous mes pieds. Aucun bruit dans cette cave. Seulement le bruit des rats. Je me rappelle de peurs à sentir mon cœur s'arrêter. Je sens encore les cris dans mes poumons à en sentir le goût du sang dans ma bouche. Et puis les choses ont changées. Petit à petit la colère s'est insinuée et j'ai arrêté de crier. Il est resté le silence des rats, ma douleur qui me cuisait et la colère. Une colère, immense, si puissante que je l'imaginais prendre forme dans le noir. C'est à ce moment que j'ai commencé à apprivoiser ma douleur, puis à la dominer. Douleur et colère étaient mes compagnes dans mon isolement sensoriel. Et depuis ce temps là, quand je suis en situation de combattre, quand je sens que la douleur monte ou risque de monter je l'accompagne comme une surfeuse de vague et je l'apprivoise, je la calme. Je sais qu'elle disparaitra.

J'ai beaucoup parlé de baston sur ce blog. Bien sûr parce que souvent ça fait marrer les gens mes tournures à la Zazie et mes histoires de garçon manqué comme on disait dans l'ancien temps mais c'est surtout je crois de peur de passer pour une potiche bien soumise. Mais en réalité, la baston s'est arrêtée bien vite. Après l'enfance, l'adolescence voire mes premiers temps d'adultes où mes aptitudes à vouloir tout voir m'ont conduites à me défendre, le reste de ma vie c'est avec la douleur à caractère médical avec qui , comme tout le monde, j'ai eu à me coltiner.
Alors maintenant, quand j'ai mal quelque part, je dis merci à mémé. Et puis j'attends que sa saleté de fils crève, ce qui ne devrait pas tarder aux nouvelles que j'ai pu en avoir.
N'empêche que je n'ai jamais peur de me brûler. Je ne sens jamais plus de quelques minutes les brûlures et rares sont celles que j'ai eues à soigner.
Et pourquoi je vous dis ça aujourd'hui ? Parce qu'aujourd'hui est un grand jour pour moi. Je n'ai plus besoin de prendre le médicament dont j'avais besoin pour vivre depuis 5 ans. Pour l'instant j'ai gagné une manche et peut-être la guerre. Et forcément hein, c'est cool.

Quant à la colère, elle ne me quittera jamais. Et parce que je l'ai apprivoisée, elle m'aide à ne pas avoir peur.

mardi 6 novembre 2007

L'aventure de TrAumA qui continue


Jeanne de Flines


Pic:moi

Demain c'est Samhain, nous sommes le dernier jour d'octobre et nous nous apprêtons à passer les jours sombres. Nous entrons dans le règne de l'obscurité.
Ce soir il y aura un grand festin où nous mangerons rôtis sur un grand feu, les animaux du sacrifice. Il y a aura des danses et aussi des jeux.

Demain nous rassemblons nos forces et prions les dieux de nous préserver de l'hiver. Nous demanderons aux ancêtres de nous aider et nous les écouterons.
Demain soir, la frontière entre les monde des morts et celui des vivants sera si fine que le voile y laissera passer qui voudra. Nos prières, nos offrandes franchiront la frontière, et les esprits bons ou mauvais des morts viendront vers nous.
Ne les provoquons pas, certains pourraient bien repartir avec nous. Cette nuit peut aussi être celle de notre trépas.

J'aime bien cette fête bien qu'elle me glace un peu.
Les celliers sont plein des provisions que nous avons rentrées. Dehors, le bois s'entasse et promet de bons feux de veillées mais je frémis toujours en pensant à ceux qui ne passeront pas l'hiver. Les vieux et les nouveaux nés. Et ceux qui mourront de faim parce que leurs réserves auront été gâtées. Alors je regarde le feu, et il me rassure. Où vont les esprits de ceux qui sont morts ? Qui viendra nous rendre visite à Samhain. Personne que j'ai pu offenser, j'espère.

Il fait un peu froid ce matin, mais il fait soleil. Ermeline est sortie tout de même bien que je lui ai interdit mais avec son sourire si doux, elle a su me persuader et emmitouflée dans sa cape, je l'ai autorisée à aller ramasser quelques pommes qu'il reste encore à cueillir.
Les mains dans la pâte je pétris le pain pour la fête. Il fait bon dans la maison.
Soudain, je la vois inquiète. Elle se relève, pose son panier. Elle écoute, elle me regarde pour se rassurer comme à l'accoutumée mais je n'ai rien à dire, je n'en sais pas plus qu'elle, il me faut sortir pour voir ce qui se passe là dehors qui l'inquiète tant. J'essuie mes mains pleines de farine sur le grand tablier blanc.

Dehors, le froid me saisit un petit peu. J'entends des chevaux au galop. Ermeline marche vers le chemin pour aller au devant d'eux. Ils sont nombreux, une dizaine au moins. Mais que peuvent avoir à faire avec moi autant de cavaliers ?
Je les aperçois maintenant. Ce sont les hommes du Procureur. Mais pourquoi viennent-ils ici ? S'est-il passé quelque chose ? Ma famille ?
Ils vont vite. J'ai peur pour ma petite qui est presque arrivée sur le chemin. Je les regarde puis je la regarde. Ils ne prennent pas gare à elle. Est-ce qu'au moins ils l'ont vue? J'ai peur qu'ils la bousculent. Je leur crie: Attention !, ma fille est sur le chemin.! Mais ils ne ralentissent pas et un des hommes la renverse. Le panier vole et toutes les pommes se répandent.

Je me précipite, ma petite pleure, son petit bout de nez saigne. Pauvre d'elle, elle pleure à chaudes larmes.
- Vous lui avez fait mal ! Je leur ai crié. Mais pour toute réponse, l'un d'eux a rit et m'a dit qu'il venait pour m'arrêter. Sorcière ! Qu'il a prononcé. Depuis le temps, je sais ce que ça veut dire et c'est pas bon.
-Suis nous ! Qu'il a dit. Tu vas répondre de tes crimes. Je lui ai dit que je n'ai rien fait, que je ne suis pas une sorcière. Mais il a ricané et les autres hommes aussi pendant qu'il m'enchaînait.
- Et ma petite ?
- Tes dieux prendront soin d'elle ou bien les sangliers la mangeront. On a d'ordres que pour toi ma belle, les marmots c'est pas nos oignons.
Ils m'ont hissé sur un cheval, derrière un homme qui sentait l'ail et le mauvais vin et on est parti……

Un petit extrait du recueil de nouvelles que j'ai écrites à l'occasion de la Japanexpo. Sur la photo, c'est le sketchbook de Lisa. Si vous voulez en savoir plus c'est dans le désert des pluies qu'il faut aller vous promener.